Sous titre (où c’est qu’on met les sous-titres ici, bordel) : Catching trains – des fois je me demande bien après quoi je cours ….
Avec 50% de mon temps de travail hors les murs de ma tour (l’atout majeur de mon boulot), je passe bien une dizaine d’heures par semaine dans les transports, et à courir après des trains qui partent toujours à l’heure quand vous êtes à la bourre, et réciproquement. Chez nous (dans ze feurm) ça porte un nom, « le catching train », exercice de haute voltige consistant à millimétrer son temps de trajet, dans l’espoir de perdre le moins de temps possible dans les wagons de train, couloirs de métro, halls d’aéroports et autres lieux grouillants et bruyants d’autres work alcooliques comme vous, où l’impression de faire partie des moutons de panurge vous étreint parfois souvent le cœur.
Chacun a sa fierté, la mienne étant de ne jamais louper un avion ou un train, grâce à un sens de l’anticipation qui confine au génie à l’obsession maladive. Et là, en moins d’une semaine, je me suis faite prendre 2 fois en défaut par des facteurs exogènes, et ça me fait hurler.
Acte 1 de la Looze du rail. J’avais un train à 10h pour Paris, ce qui me permettait d’être à l’aise Blaise en partant de chez moi, vers 9h20 (alors que j’ai exactement 7 minutes de métro, la station étant au pied de mon appart). Arrivée devant la bouche de métro, surprise, la grille est baissée, et je suis baisée. Alerte à la bombe. Entre plusieurs solutions (trouver un taxi, prendre ma voiture, prendre un bus, prendre le tram), j’opte pour celle qui me paraît la plus stratégique, choper la bête (le train) à sa station d’avant (Perrache pour les lyonnais), d’où le train part à 9h47.
J’arrive à 9h40, prends mon billet de train à la borne (oui parce qu’évidemment, je n’avais pas mon billet de train, sinon c’est pas drôle), descend sur le quai : le train était parti à 9h40, aaargh. Je me suis retrouvée dans le train de 11h, sans espoir de pouvoir gagner mon RDV de 13h ….
Je lance une fatwa sur tous les poseurs de bombes, et autres plaisantins du rail.
Acte 2 de la Looze du rail (et looze de la pompe, et de l’exhib, tant qu’à faire). Cette fois, me voici partie pour le train de midi. Anticipation girl oblige, je quitte les locaux (la tour est en face de la gare) à 11h35, dans l’espoir d’avoir le temps de passer à la librairie, prendre le bouquin dont j’ai lu une critique intéressante dans Libé « La France des invisibles ».
Alors que je m’élance sur le parvis de la tour, avec ma petite valise à roulettes, en bonne working girl dynamique, le talon de mon escarpin se bloque, et est arraché violemment de son socle. Gaaaasp. Pas de paire de rechange dans la valise.
Je fonce en clopinant (oui, parfaitement, je fonce en clopinant, c’est compatible) au travers du centre commercial (il est 11h40), et m’engouffre dans le magasin où j’ai acheté la paire de chaussures, et saute à la gorge de la première vendeuse que je trouve. Face à mon air furibard, elle me propose d’emmener ma chaussure chez le cordonnier, au sous sol. OK, pendant ce temps je l’attends, à la recherche d’une autre paire, au cas où (oui je sais, j’ai déjà 80 paires chez moi, mais on sait jamais, sur un malentendu). Au bout de 10 minutes, je la vois réapparaître, les mains vides (il est 11h50) : « vos chaussures seront prêtes demain midi, madame ! » me lance t elle, tout fiérote du service rendu au client (d’autant plus qu’elle est conciliante, je n’ai pas de ticket de caisse sur moi, et pour cause). Alors là, je rassemble mes dernières bribes de bonne éducation et lui demande : « et là pour mon train de midi, j’y vais avec une chaussure ? ».
Consternation dans la boutique.
J’attrape au vol une paire de ballerines (et toc, la 81ème paire de pompes est dans la place), et lui balance un chèque en blanc, en lui promettant de revenir chercher les escarpins un jour prochain. Il est 11h54, je traverse tout le centre commercial, l’esplanade de la gare, en courant avec ma valise à roulettes qui tressaute (d’ailleurs, y’a pas que la valise qui tressaute, mais c’est un autre problème). Sur l’esplanade, deux mecs me sifflent « ouaaah belle robe mademoiselle ». J’acquiesce (ont bon goût ces jeunes), et poursuis ma course.
Je me fais bloquer en bas du quai, pour la vérification du billet, et arrive à 12h01 sur le quai, pour me retrouver avec tous les passagers du train … qui est en retard. Alléluia.
Je ne suis pas donc totalement loozeuse, il y a un dieu pour les voyageuses à la ramasse. Enfin, ne nous emballons pas, un demi-dieu.
C’est en posant mon noble postérieur sur le siège SNCF, en nage, que je me rends compte du pourquoi de la remarque des deux badauds croisés sur l’esplanade de la gare : ma robe, de coupe cache cœur, s’est complètement défaite (à quel moment précis de ma course échevelée, je préfère ne pas l’apprendre), et j’ai donc au moins traversé le parvis de la gare et le quai du TGV Lyon / Paris avec la robe ouverte sur toute la longueur. A une heure de pointe ….
La classe.
Vraiment.
100% looze en fait.
Snif.